Décider de s’engager dans une psychothérapie peut encore aujourd’hui rencontrer des écueils en partie liés aux croyances qui se sont sédimentées en nous sur le sujet. Prendre la peine d’inventorier ces idées reçues et découvrir la réalité de la pratique de la Gestalt-thérapie contemplative dans mon cabinet me semblent représenter une proposition intéressante.

J’écoutais ce matin une émission à la radio qui accueillait un analyste politique et un psychanalyste qui avaient commis ensemble une enquête anthropologique sur l’évolution de nos sociétés dites « occidentales ». Entrée en matière de l’animatrice journaliste qui s’adresse au monsieur sérieux du binôme : « Vous aviez besoin de vous allonger sur le divan que vous avez collaboré avec M. Untel, psychanalyste ? » ponctué d’un petit rire. L’interviewé ne s’y est pas trompé : ce n’était pas très positif, voire sujet à suspicion que de collaborer avec un professionnel de la psyché. Il a donc répondu très sérieusement, un peu piqué, sans doute : « Non à titre personnel, je n’en avais pas besoin mais… » continuant ensuite sur la complémentarité des deux expertises au service du projet.

Cette scène que personne ne relèvera sans doute, la journaliste poursuivant sa journée sans être perturbée par ce qu’elle a sous-entendu, montre quoi ? Que la psychothérapie souffre encore de l’image d’un lieu où il est honteux de se rendre, l’initiative peut encore être moquée et exiger de se justifier.

Première idée reçue : aller voir un psychothérapeute c’est être faible !

« Aller mal » est souvent un point de départ. Cet état est connoté négativement dans une société performative, axée sur la réussite matérielle et dopée par la consommation. Pourtant sentir que l’on va mal devrait surtout être considéré comme un signal d’alerte salvateur : continuer à suivre une voie balisée ne convient pas à tous / toutes. Aller mal est le symptôme d’une lassitude de répéter toujours les mêmes comportements qui conduisent dans les mêmes impasses. Bref aller mal et pouvoir le ressentir, et même le dire, s’ancre dans une capacité à se (re)connecter à une conscience de soi, à se remettre en cause.

Seconde idée reçue : le psychothérapeute va trouver la solution à mon problème !

Dans une société qui aime les solutions clés en main, la rapidité d’action, dans laquelle le développement personnel a muté vers la performance de soi à coup d’actes volontaires, il n’est pas étonnant d’envisager le praticien choisi comme un pourvoyeur de résultat rapide, une personne qui doit délivrer des tips efficaces. Or, le psychisme ne se dompte pas à coup de volonté, il a plutôt un rythme lent; il faut se donner du temps pour rouvrir ce qui était fermé, coupé, automatisé en nous sans qu’il y ait eu jusque là cet espace, qu’offre la psychothérapie, pour choisir son action à venir. Et, si le psychothérapeute accompagne un processus de retour à soi, il n’est pas le protagoniste principal du changement, il en reste néanmoins un.e fidèle allié.e. Donc la psychothérapie, c’est d’abord un engagement à soi avec le soutien, l’écoute d’un autre.

Troisième idée reçue : quand la psychothérapie s’achève, c’est fini !

Il ne s’agit pas là d’affirmer que, une fois engagé.e, vous resterez en psychothérapie toute votre vie ! Dans le cadre de la Gestalt contemplative, venir en séance c’est aussi intégrer une pratique introspective qui – comme le yoga, la médiation – peut être suivie en autonomie entre les séances et après l’arrêt de la psychothérapie. Celle-ci se présente ainsi comme une « hygiène de vie » ou une philosophie qui consiste à développer en soi un « observateur » afin de ne pas rester collé.e au/ à la seul.e « acteur.rice », un peu trop le nez dans le guidon, un peu trop « en mode automatique » ou « mode égotique », l’ego n’étant pas – comme nous l’utilisons dans le langage courant – une prétention excessive mais une modalité réductrice, défensive au monde. Développer l’usage de son immense capacité réflexive et créative, savoir s’appuyer sur les informations précieuses que délivrent émotions et sensations corporelles et ainsi rétablir un circuit décisionnel sain impliquent de s’approprier la pratique que le Gestalt-thérapeute vous invite à expérimenter.

A tout bientôt pour d’autres partages sur la psychologie humaine !